الرئيسية / Entretiens / “Israël est le premier gagnant de ce qui se passe en Syrie, bien que les rebelles soient financés par le Qatar et l’Arabie saoudite”

“Israël est le premier gagnant de ce qui se passe en Syrie, bien que les rebelles soient financés par le Qatar et l’Arabie saoudite”

Reporters. Écrit par Mehdia Belkadi : Alger / 7/6/2013 Journaliste, écrivain et politologue suisso-tunisien, Riadh Sidaoui est fondateur et directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales basé à Genève, et rédacteur en chef de la revue Progressiste. Dans cet entretien, il revient sur le rôle franco-britannique dans le conflit syrien, la reprise de la ville de Qousseir par l’armée syrienne et son impact sur la réunion de Genève, prévue dans un mois, à laquelle le pouvoir syrien devrait participer.

Des armes chimiques, jusque-là présentées comme une « ligne rouge », auraient été utilisées « très probablement » par le régime syrien, selon la France et la Grande-Bretagne. Est-on face à un remake du scénario « des armes de destruction massive » invoquées par l’administration américaine pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003 ?

La juge Carla Del Ponte, membre de la Commission d’enquête de l’ONU sur les crimes commis en Syrie, a confirmé que des armes chimiques avaient bel et bien été utilisées en Syrie par l’opposition armée et non par l’armée syrienne. Ce qui distingue cette personnalité est qu’elle est juge suissesse et neutre, contrairement à la France et la Grande-Bretagne qui, elles, sont des parties très impliquées dans le conflit avec un penchant avéré en faveur de l’opposition. Les déclarations du juge sont donc plus crédibles. En outre, le régime syrien n’a aucun intérêt à recourir aux armes chimiques. Non seulement cela se retournera contre lui, mais en plus, son armée a gardé son unité et est dans un esprit de combat patriotique. Bien qu’il y ait eu un mouvement de protestation au départ, on ne parle plus de révolution. On se rend à l’évidence qu’il s’agit d’un conflit géostratégique direct et indirect impliquant les services secrets de plusieurs pays.

Un scénario à l’irakienne n’est donc pas probable…

Non, le scénario irakien ne se répétera pas. La donne a changé. La France et la Grande-Bretagne sont soumises aux États-Unis et n’agiront pas sans leur aval. Aussi, la communauté internationale et les pouvoirs nationalistes arabes comme l’Algérie s’opposent fermement aux interventions militaires étrangères et refuseront la répétition du scénario irakien.

Comment expliquer alors l’acharnement franco-britannique en faveur d’une intervention directe ou indirecte (armement officiel de l’opposition), malgré les réticences des Américains qui exigent toujours des preuves quant à l’utilisation d’armes chimiques par l’armée syrienne ?

La France et la Grande-Bretagne ont un rôle à jouer dans la région, qui est celui de défendre, en premier lieu, les intérêts stratégiques israéliens. Ce ne sont ni les droits de l’Homme ni la démocratie qui les motivent et, pour preuve, leurs principaux alliés, le Qatar et l’Arabie saoudite, sont les pires dictatures qui soient.

Israël serait-il, dans ce cas, le grand gagnant de la crise syrienne ?

C’est indéniable. Israël est le premier gagnant de ce qui se passe en Syrie, bien que les rebelles soient financés par le Qatar et l’Arabie saoudite. A travers la déstabilisation du pouvoir syrien, on vise, en fait, l’affaiblissement de l’armée syrienne farouchement opposée à Israël et, à sa suite, la résistance libanaise, le Hezbollah et l’ensemble de ses alliés dans la région, notamment l’Iran. Mais, également, ses soutiens internationaux que sont la Russie et la Chine.

Depuis le début de la crise, « la fin imminente du régime syrien » a été maintes fois invoquée, pourtant, celui-ci est toujours là et vient de frapper un grand coup en reprenant la ville de Quosseir, aux mains des rebelles armés depuis huit mois. Quelle lecture peut-on faire de cette nouvelle donne ?

Quosseir est une ville stratégique. On peut considérer que c’est le commencement de la fin de la rébellion armée. Avec cette victoire, qui permettra, à coup sûr, à l’armée syrienne d’enregistrer d’autres, la guerre peut être gagnée par le pouvoir syrien. C’est surtout une victoire psychologique pour l’armée syrienne qui est restée unifiée.

Quelle répercussion cette victoire pourra-t-elle avoir sur la réunion de Genève, prévue dans un mois ?

Passés les premiers mois de crise, on s’est vite rendu compte de la résistance de l’armée syrienne. L’objectif était alors de la diviser. Le Qatar et l’Arabie saoudite avaient alloué des sommes colossales pour monnayer les défections des officiers de l’armée, mais le complot étant évident, celle-ci a tenu malgré les difficultés rencontrées, du fait de sa nature. C’est une armée classique formée pour faire face à la menace extérieure, plus particulièrement israélienne, et non par à la guerre des rues. Comme l’armée est la colonne vertébrale de l’État, en sauvegardant son unité, en mettant fin à l’hémorragie des défections et en s’engageant à défendre l’État, ce dernier a tenu.

La réunion de Genève verra des négociations entre les gagnants et les perdants de ce conflit. C’est-à-dire, entre une direction politique unifiée avec une armée solide, d’un côté, et une opposition divisée composée de groupuscules armés, dont le groupe terroriste d’An Nosra. Avec les garanties de la Russie, on peut arriver à des solutions politiques.

En quoi se résument ces solutions ?

Il faut d’abord que les rebelles déposent les armes et mettent fin à leurs opérations. Le monopole de la violence légitime revient à l’État qui ne peut fonctionner avec deux armées distinctes. Ce n’est qu’à ce moment-là que pourront être organisées des élections législatives et présidentielles incluant l’opposition pacifique syrienne, mais pas des terroristes.

Le gouvernement turc, allié des puissances occidentales, notamment concernant la crise syrienne, vient d’essuyer de vives critiques de leur part, suite à la répression des dernières manifestations pacifiques en Turquie. Comment interprétez-vous ce revirement ?

L’explosion que vit la Turquie est surtout la traduction de l’échec du modèle islamiste modéré plébiscité par l’Occident qui a mené une grande propagande pro-Erdogan. Ce dernier a voulu jouer au sauveur de la région, alors que chez lui, les choses explosent, d’autant que la composition sociale turque est complexe (Arméniens, Kurdes, chiites …). On ne peut pas prétendre à répandre la démocratie ailleurs quand les choses vont mal chez soi. L’explosion sociale consacre l’échec du modèle turc à la fois sur le plan intérieur et extérieur. Les États-Unis et leurs alliés essaient de rester cohérents dans leurs discours en faveur des droits de l’Homme et de la démocratie. Ils ne peuvent que soutenir les manifestations pacifiques initiées par des démocrates libéraux et dénoncer leur répression. Cela dit, ce n’est pas demain qu’on les entendra se prononcer sur les atteintes aux droits de l’Homme et à la démocratie au Qatar et en Arabie saoudite.

Source : http : //www.reporters.dz/index.php ?option=com_content&view=article&id=1086 : riadh-sidaoui-directeur-du-centre-arabe-de-recherches-et-danalyses-politiques-et-sociales–l-paris-et-londres-defendent-les-interets-strategiques-israeliens-r&catid=1 : thema&Itemid=2

 

 

اضف رد

لن يتم نشر البريد الإلكتروني . الحقول المطلوبة مشار لها بـ *

*